« Ragnarok1er », le stakhanoviste du poker (2/2)
Avertissement au lecteur :
Après un premier volet fortement teinté de philosophie, c’est une suite beaucoup plus technique et mathématique que je vous propose. Cette plongée dans l’univers impitoyable de Ragnarok, version 2010, sera très longue et requiert quelques connaissances techniques, sous peine d’être quelque peu incompréhensible. A présent, reprenons, si vous le voulez bien.
Tout commence avec une avance rapide jusqu’à la fin 2009. Non que William ait cessé de jouer dans l’intervalle, vous vous en doutez bien, mais simplement qu’en cette veille de Noël, il prend conscience de ne pas faire usage de l’intégralité de ses capacités, et même de stagner. Fort de ce constat, il prendre des mesures drastiques afin de se dicipliner :
« J’ai légèrement fait le crétin en cash game ces derniers jours et perdu pas mal, au point d’être presque un peu triste. Mais, et c’est presque plus important encore, j’ai l’impression de stagner depuis quelques mois. Je pense savoir pourquoi : je joue trop peu et je réfléchis trop peu.
J’ai donc créé un blog, pour reprendre un peu le chemin du grind et réfléchir à des mains et, qui sait, écouter des avis différents du mien.
La première chose que j’avais faite après avoir gagné mon premier dollar à coups de freerolls, c’était un heads-up à 1$, et c’est toujours ce que j’ai préféré. En plus, je pense être bien meilleur que la moyenne avec un tapis de 10 à 30BB, ce que je ne peux pas exploiter en cash game.
J’ai donc 1000$ sur une skin Ongame, BetSafe. Je vais tenter de grinder intelligemment jusqu’à 15’000$, et puis ensuite on verra bien. Je commence directement aux HU108$, parce que je peux reload si je me broke, et de toute façon je ne me brokerai pas puisque j’y suis largement gagnant. Et aussi tout simplement parce que je n’ai jamais été un modèle de bankroll management, de toute façon.
C’est parti ! »
Les débuts se passent très bien : une conjugaison de réussite en SNG HU, quelques mains lucratives en cash game ainsi que de nombreuses sessions de heads-up par équipe avec un coéquipier de Wam-Poker, Kroktachon, font qu’en moins de temps qu’il en faut pour l’écrire, « Ragnarok1er » se reconstruit le premier pan d’une solide bankroll. Un bonheur n’arrivant jamais seul, il se qualifie également pour ce qui est devenu comme un rendez-vous incontournable du circuit, la Caraibbean Adventure de Pokerstars (PCA), aux Bahamas.

Aussi excité qu’on peut l’être à l’aube d’un premier tournoi live de cette envergure, William sait qu’il aura bien de la peine à tirer son épingle du jeu dans un MTT, qui plus est dans celui où le field s’annonce comme l’un des plus relevé de tous les temps. Mais, au-delà du fait de pouvoir briguer les deux millions de dollars promis au vainqueur, « Ragnarok » se fixe des objectifs bien à lui, dignes successeurs de son fameux poker panache :
«D’abord, je veux être éliminé sur une main où, au moment où je mettrai mon dernier jeton, je ne suis pas drawing dead. Il faut se laisser la place de chatter! Ensuite, je veux réaliser un « missclick live », en mélangeant mes gros et mes petits jetons volontairement, afin de tirer un avantage de mon inexpérience en live. Ainsi, lorsque je « serai max », un jeton de 5000 pourrait « malencontreusement » se cacher parmi mes jetons de 100… »
Pour débuter la partie, William ne tire pas la table la plus facile. Bon, y a-t-il vraiment des tables « jouables » au PCA? Pas sûr. En ce Day 1, il va devoir affronter trois PokerStars Pro en les personnes de Greg « Fossilman » Raymer, Katja Thater et Maxim Lykov. Presque pire, on a envie de dire, il devra subir les assauts répétés des monstres online que sont Alex Krajting et surtout djk123.
Mais, grâce à un jeu simple et sans fioriture, « Ragnarok1er » fait monter gentiment sa pile de jetons. Plutôt occupé à coucher ses cartes, il a le temps d’emmagasiner les anecdotes :
« Notre premier dealer nous a raconté deux histoires : La première est la raison pour laquelle il ne deale plus aux WSOP. Il y a 12 ans, et alors qu’il travaillait chez eux depuis très longtemps, il s’est fait agresser derrière le casino. Les responsables de celui-ci ont mis 25 minutes à appeler la police alors qu’il saignait. Le temps de détruire des cassettes des caméras de sécurité, pour qu’il ne puisse pas les attaquer en justice… La deuxième, c’est une histoire d’un WPT pour lequel il dealait depuis 16 jours d’affilée et n’arrivait plus à faire les calculs les plus basiques. Daniel Negreanu a alors été super sympa et l’a aidé à compter les chips, lui chuchotant les montants toute la journée!
- Katja Thater a été de loin le/la pire joueur/-se de la table. Elle se levait tout le temps pour aller chercher à boire et faire des trucs sur son téléphone, et le reste du temps, c’était la pire nit de l’histoire. Elle a dû jouer 7 mains dont la journée, dont 4 fois AA qu’elle a pu amener au showdown, parmi lesquels 3 all ins, un au flop contre un flush draw et 2 « overs » et 2 préflop. J’imaginais avoir un HUD avec les stats au dessus des têtes des gens, et elle devait jouer 2/1.5/0. J’ai foldé AQo sur sa relance préflop horaire, et Antoine Amourette s’est empalé en 3-bet shovant KQo. Elle avait AA bien sûr, et toute la table a rigolé. Worst spot ever. J’avais commenté un thread de 2+2, en déclarant qu’elle était la plus grosse nit que j’avais jamais rencontrée. Au Day 2, elle viendra vers moi, sourire aux lèvres, avant de me dire : « Nice thread on 2+2! ».
- Sinon, Greg Raymer a été super sympa. Et puis il comprend les maths, c’est pas un live pro qui va limp/fold pour 7BB. Le summum, c’est lorsqu’il dira « Vive le roi » en français quand je lui prendrai un coup sympa. Si c’est pas la classe, ça…
Un mot sur mon jeu, maintenant : mon idée était de faire le maximum de choses au début pour passer pour un nit à faible prix. Ce que j’entend par là c’est que dès qu’un spot me permettrait d’améliorer mon image en ne perdant pas beaucoup, je me prendrais. Exemple : Un coup avec 4 limpers, je suis en SB, je vois 85o, je jette plutôt que de compléter avec ces cotes de fou, et je passe pour un nit (un peu idiot, mais un nit quand même). Et ensuite, je comptais capitaliser sur cette image en trouvant des spots à grosse EV où un nit aurait une fold equity énorme parce qu’il ne pourrait qu’être sérieux. Et ça a marché, plutôt 3 fois qu’une.
La plus prolifique, c’est lorsque j’ai tourné 99 en bluff sur un flop 643, UTG mise 2800, UTG+2 passe, et je fais… une relance à 8’400! En fait je pense parfois être bon sur ce flop (TT+ assez possible chez UTG, 2 paires assez possibles chez les blindes), mais si je call je suis dans le noir complet et la turn est pratiquement toujours mauvaise pour moi (à part un 8 et un 9). Or, vu l’action préflop, c’est un flop à sets. Que va jouer un nit après une raise early et un call? Des paires uniquement, ou presque. Donc je tourne ma main en bluff, Raymer fold, SB fold, Alex en BB tanke pendant bien 5 minutes et fold, et UTG insta-fold. On discutera de la main avec Alex peu après, et il avait 63. Et le dealer de dire à mon sujet : « With the way he’s been playing, he had to have a set ».
Hélas, je perdrai aussi un gros coup : avec mon image, j’avais décidé de placer un cold 4-bet light à un moment opportun… Et celui-ci arriva :
Relance de djk à 1200 en 200/400/50 au hijack, 3-bet de Phil à 3300 au cutoff, fold fold et je suis en BB avec K3. Une des deux choses que je voulais faire c’était un cold-4-bet light, parce que déjà ça sonne bien, et puis avec une bonne image il faut quand même me mettre sur QQ+. J’ai encore un blocker, une main injouable, et je 4-bet donc à 8800, très confiant.
Le résultat? Djk fold, et Phil réfléchit assez longtemps… Pour finalement 5-bet à 30’000… Avec 88! OWNED. J’en ai discuté après coup pour savoir s’il avait remarqué un tell ou quelque chose, mais en fait il m’a surtout donné trop de crédit pour être un bon joueur. Il a dit qu’il savait que je savais que lui et djk seraient light dans ce spot car ils se bagarraient pas mal et jouent sur le net (et moi aussi a priori), du coup mon range de 4-bet devait être light aussi. Je ne peux que m’incliner face à cette analyse.
Je finirai le jour 1 avec 45,000 jetons, ce qui est un bon résultat compte tenu des circonstances. Malheureusement, je devrai m’incliner au Day 2, lorsque John Duthie aura touché son xième set de la journée après avoir limp une main sur deux.
Avant de refermer le chapitre PCA, notons une dernière facétie de notre champion :
Au day 1A, j’ai eu du mal à m’intéresser aux coups que je ne jouais pas, surtout vers la fin de la journée. Pour ce Day 2, je me suis donc construit un HUD en papier. Dessus, je noterai au début de la journée le stack de chaque joueur pour éviter des erreurs bêtes, puis j’indiquerai d’une barre une relance préflop, d’un « 0″ un call, d’un « 3″ un 3-bet et d’un « 4″ un 4-bet. J’ai aussi un espace prévu pour des notes plus spécifiques, comme une line non-standard avec une grosse main. Par contre je ne vais pas noter des trucs du genre « grosse station ». Déjà des joueurs pourraient le voir, et puis je suis quand même assez intelligent pour retenir ça de tête. En ce Day 2 avec 45 blindes au départ, pas mal de choses se joueront préflop, et je pense que maximiser mon attention sur les fréquences et les ranges adverses est une très bonne stratégie.
En photo, cela donne :

Riches en souvenirs mais pas très lucratif, le voyage touche déjà à sa fin. Il est l’heure de rentrer en France, pour continuer dans l’impitoyable ascension de la bankroll en ligne.
Notez, puisque je ne l’ai pas encore signalé, que William joue désormais à plein temps. Achevant son cursus de formation académique de mathématique, il doit en effet préparer son agrégation en vue d’enseigner… Du moins officiellement.
Car aux équations et dérivées, Ragnarok semble bien privilégier position et équité. Ce n’est ainsi pas pour ses futurs élèves qu’il songe à concocter un emploi du temps hebdomadaire, mais bien pour … lui-même. Voyez plutôt :

Avant de le prendre pour un dégénéré total, lisons au moins son explication :
Je pense qu’un de mes défauts dans mon approche au poker est de trop jouer et de ne pas assez réfléchir au jeu. C’est à la fois un problème car je progresse moins vite que je pourrais, et une bénédiction car la raison de cet excès est mon amour du poker toujours intact. Je joue depuis 3 ans maintenant et j’aime toujours autant ça. J’aime quand les runner runners rentrent. J’aime quand un 4-bet light passe. J’aime quand je value bet avec 3ème paire. J’aime quand je floppe un brelan. J’aime quand j’entraîne un shove en limpant avec AA au bouton. J’aime le HU, j’aime le PLO, j’aime les tournois. J’aime le short stack. J’aime tout ça et plus encore, et c’est pour ça que je joue tellement.
1) Un « cours » de 3 heures, sous la forme de vidéos, pour se réveiller en douceur.
2) Un repas à heure fixe pour ne pas se décaler au cours de la semaine comme il m’arrive trop souvent.
3) Un « TP » de 4 heures, pour mettre en pratique les leçons du matin.
4) Des « devoirs » d’une heure avec l’analyse de la session passée.
5) Le repas du soir, si possible pas devant l’ordi.
6) De la détente ou une session bonus (seulement si j’ai encore l’envie de jouer).
7) Un coucher à une heure raisonnable pour repartir du bon pied le lendemain.
Notons la « session bonus » : en effet, quoi de mieux comme petit plaisir qu’une partie de poker, après une semaine complète à étudier le poker? Plaisanterie mise à part, les voyants financiers sont au vert : durant ces premières semaines de 2010, William a transformé ses 1,000$ de départ en 11,000$, dont 9000$ sur son site principal.
Au-delà de la folle réussite de janvier, c’est durant le début du mois de février que survient le « déclic » 2010 dans la vie de « Ragnarok1er », conditionnant une année 2010 de tous les records : le Rakeback. Non que William ait été assez bête pour en ignorer l’existence auparavant, mais avec sa nouvelle philosophie de jouer autant que l’entendement le permet, il saisit la portée que peut avoir le rakeback en terme de profits. Il l’explique, de la manière la plus pédagogique possible :
« Ce mois-ci, j’ai joué majoritairement sur Betsafe. Le site possède un système de points comparable aux miles de Winamax, dont le fonctionnement est le suivant : chaque $ de rake (la taxe prélevée par le site) en tournoi donne droit à 5 points. Ces points sont ensuite reconvertis en dollars selon un statut VIP, dans la même veine que les « Diamond X carats » de Winamax ou les niveau de fidélité de Pokerstars (BronzeStar, SilverStar et ainsi de suite) :

Le statut « Diamond » de BetSafe, qui est un statut annuel que j’ai acquis il y a un certain temps maintenant, permet de bénéficier d’un cashback compris entre 30 et 40%. Cette fourchette s’explique par une sorte de distinction interne entre les statuts « Diamond », un peu comme les carats Winamax. Pour ma part je suis maintenant au plus haut niveau, et dispose donc des 40%, comme vous pouvez le voir.
Il s’avère que ce chiffre de 40% est en fait une estimation par le bas qui ne s’avère juste que pour le cash game. Il est bien rare qu’un site fasse une sous-promotion de ce qu’il offre, mais c’est bien le cas ici. Peut-être à cause de règles qu’impose Ongame à ses plate-formes, qui sait?
En réalité donc, pour un joueur de SnG exclusivement comme moi, bénéficier du meilleur statut « Diamond » rapporte bien plus que ces 40%. Laissez-moi vous le prouver grâce au petit calculateur de cash back intégré au site. Ce mois-ci j’ai accumulé 78435 points, ce qui signifie que j’ai raké 15 687$ (oui c’est beaucoup, et oui c’est dans la moyenne de mes mois). Voyons à combien de cashback cet amas de points me donne droit : Hoho, 8715$! Pas mal du tout. 8715/15687 = 55,55%, un taux déjà très honorable!
Mais ce n’est pas tout ! Betsafe propose également une course basée sur les points accumulés dans un mois (donc en clair, sur le rake). Cette course, donc, je l’ai remportée en janvier dans la catégorie tournois (il y a une course pour le cash game et une course pour les tournois, y compris les SnGs bien sûr), et j’ai donc empoché 3,000$ supplémentaires.
Enfin, il existe une course « privée », organisée par chaque affiliateur. A deux jours de la fin du mois, j’ai dépassé mes deux concurrents principaux, et j’ai donc également remporté cette course, pour un premier prix non négligeable de 1650$. »
Faisons les comptes, si vous le voulez bien :
En rakeback pur, sur les 13859,80$ taxés, William récupère 7699,86$.
![]()
Ajoutez à cela les 3000$ et 1650$ de « rakerace », et l’on obtient pas loin de 12’500$… soit un nouveau record de 89,1% de rakeback!
Cela signifie deux choses : d’abord, grâce à ce biais, Ragnarok peut se targuer d’un rakeback effectif qui est bien plus élevé que ce dont quiconque pourrait vous proposer.
Surtout, cela fait que quelque soit son bilan mensuel, ce bonus de plus de 12’000 dollars s’ajoutera à son résultat. Même en obtenant un profit nul (« breakeven », dans le jargon), il s’octroie donc un salaire honorable à cinq chiffres. Mais William ne s’en contente pas : malgré toutes les taxes payées au site, il conclut le mois avec un solide profit au niveau du jeu pur :
Ajoutez à cela les 12’000 de rakeback, et vous obtenez un salaire mensuel de 35’000 dollars ! En deux mois, sa bankroll de 1,000$ s’est donc transformée en près de 50,000$ sonnants et trébuchants, et cela se passe de commentaires.
En mars, Ragnarok se trouve une nouvelle passion :

Tous ces chiffres, c’est la retranscription de l’équilibre de Nash du jeu push/fold en HU avec 10BB ou moins. En haut les pushs, en bas les calls.
« Je ne viens pas de découvrir tout cela, bien entendu. J’ai tout de même fait quelques découvertes en l’apprenant par coeur, comme le fait que 8 et 2 dépareillé soit un fold au bouton, avec 2 big blindes. Mai je n’ai pas fait cette feuille juste « pour le fun ». Les chiffres que vous voyez sur cette page sont en fait la résolution mathématique du poker entre 0 et 10 big blindes, soit la résolution mathématique de ma nouvelle passion, que dis-je, ma nouvelle drogue, j’ai nommé les HU Super-Turbos.Je savais qu’ils existaient sur le lointain territoire d’iPoker, mais ils restaient pour moi un fantasme, car je ne souhaitais pas me lancer sur un nouveau réseau. Mais, alors que je me lançais pour une petite session de Rush Poker sur Full Tilt, je les découvris, bien cachés entre les HUs turbos et les regulars.
Pour ceux qui ne connaissent pas, les Super-turbos sont le royaume du poker préflop. Là où le Mad-tilt all-in est une loterie stupide avec ses stacks de 3BB, les Super-turbos offrent une petite place pour un edge, avec 10BB au départ. Ayant été short-stackeur pendant longtemps, je ne peux qu’apprécier ce format!
Tout va vite, très vite, et les parties s’enchaînent au rythme d’une par minute environ. Le software de Full Tilt est un délice avec le bouton « I’m ready » pour démarrer plus vite le tournoi, et l’ultra-important bouton « rematch », pour demander une revanche que l’on se voit rarement refuser. Heureux étaient les temps où ce bouton sévissait sur Ongame. Hélas comme tant d’autres choses, il fut banni par la downgrade à la version 5 et ne revint jamais. Hum, je m’égare…La question que je me posais, donc, était de savoir si ces Super-Turbos pouvaient être battus, en d’autres termes si l’on pouvait y réaliser un profit régulier. Je me suis donc lancé dans l’aventure, au buy-in le plus élevé : 160+4$. Le rake de 2.5% seulement me donnait bon espoir, mais les chances étaient réelles de tomber sur une armée de sharks utilisant Nash et ne laissant aucune place au profit. »
Ainsi, comme toujours quand Ragnarok se lance dans quelque chose, il le fait à fond, disputant 1’300 SNG en … trois jours.
Mon verdict est le suivant : Il est impossible de faire mieux que break-even, en comptant le rakeback, dans les Super-turbos à 160$…
… Wait for it …
…en Hold’em! Car en Pot Limit Omaha, c’est en effet tout à fait réalisable! Mon sample size est d’environ 800 SnGs en hold’em et seulement 500 en PLO, mais c’est suffisant pour affirmer ceci :
1) Les gens font très peu d’erreurs en hold’em, jouent principalement du push or fold avec des ranges correctes, et même avec une bonne game selection, les erreurs des fishs sont au mieux marginales. Je parle des 160$, cela dit. Pour ceux qui veulent de l’argent facile, faites votre propre feuille de push/fold, allez aux 14$, et imprimez de l’argent. Les gens limp-callent 10BB avec 87s, des choses comme ça… Attention toutefois, la variance est hallucinante car votre edge sera toujours très petit. Il faudra donc faire un volume de fou, mais à terme le profit est assuré..
2) En PLO par contre, le traffic est certes moindre, mais j’ai vu des plays vraiment horribles. L’impossibilité de faire tapis avant le flop force les fishs à jouer au flop, où ils ont manifestement beaucoup de mal à comprendre quelle est leur équité. J’ai vu énormément de coups se dérouler ainsi : Fish raise 3BB, je call, je floppe un draw moyen avec lequel je sais que je call un shove. Donc je donk bet 6BB, et fish folde alors qu’il a déjà 40% s’il a Ace high et 50% avec any pair.
3) Enfin, les joueurs ne comprennent pas comment jouer certaines mains dans un contexte de 10BB deep.
Une main comme 9876 double suité, par exemple, est une excellente main en PLO. Mais la shover preflop ne sert à rien! Elle n’est en effet qu’à 51% contre une main aléatoire, et 49% contre le top 80% des mains! La marche à suivre avec une telle main est donc de caller simplement une relance à 3BB, et non de faire tapis sans aucune fold equity. Ensuite, au flop, notre équité va « se polariser », si vous me pardonnez l’expression. Notre adversaire sera en mode no brainer shove, et on aura la place de folder et de garder 7BB sur tous les flops du type Q22 où on ne dépasse pas les 10%. Et évidemment, il sera complètement crushed dès qu’on aura un wrap ou une quinte/couleur floppée.
A l’inverse, avec un TTxx, il faut se décider preflop, car rares seront les flops où notre situation va nettement s’améliorer (en gros, 12% de brelans et c’est tout).
Pot Limit Omaha Tournament
2 Players
Hand Conversion Powered by weaktight.com
$160 + $4 Heads Up Sit & Go
Stacks:
SB pokrclass101 (300)
BB Hero (300)
Blinds: 15/30
Pre-Flop: (45, 2 players) Hero is BB [9d] [9s] [7d] [Qs]
pokrclass101 raises to 90, Hero raises to 270, pokrclass101 goes all-in 300, Hero goes all-in 30
Flop: [5h] [5c] [6d] (600, 2 players, 2 all-in)
Turn: [Ac] (600, 2 players, 2 all-in)
River: [Qc] (600, 2 players, 2 all-in)
Final Pot: 600
Hero shows two pair, Queens and Fives
[9d] [9s] [7d] [Qs]
pokrclass101 shows a pair of Fives
[8d] [3h] [4h] [Kh]
Hero wins 600 (net +300)
pokrclass101 lost 300
Eh bien croyez-le ou non, j’ai ici 63.7% d’équité face à la poubelle de mon adversaire. Et 63.7% *320$, ça fait 203.84$. On enlève 4$ de rake, et je me retrouve avec un profit de 40$! Pour un effort assez maigre (une main), vous en conviendrez.
Et forcément, lorsqu’on joue beaucoup sur Full Tilt également, on se positionne bien dans l’Iron Man :
Cela étant, peut-être vous posez vous la question d’où est le plaisir à jouer 1’300 SNG par jour ? Et sans doute avez-vous raison..
Lorsque la saturation pointe le bout de son nez, la rupture n’est jamais loin. Et avec cela le syndrome que passablement de joueurs de petites ou moyennes limites connaissent : le spew en tilt de sa bankroll aux limites telles que la NL1000. Mais, lorsque l’on est soi-même joueur régulier de ces limites, que se passe-t-il? Hé bien, tout simplement, on reproduit le même schéma, mais sur des limites encore plus hautes :
ainsi que (c’est du Cash Game, pas un tournoi) …
Seat 3: Ragnarok.1er ($8,441 in chips)
Seat 8: AmLimit ($9,221.45 in chips)
ANTES/BLINDS
AmLimit posts small blind ($50), Ragnarok.1er posts big blind ($100), DEALING_HOLE_CARDS
PRE-FLOP
AmLimit raises to $250, Ragnarok.1er calls $250.
FLOP [board cards: 3D,AD,TH ]
DEALING_FLOP
, Ragnarok.1er checks, AmLimit bets $350, Ragnarok.1er raises to $1,400, AmLimit raises to $2,450, Ragnarok.1er raises to $8,191 and is all-in, AmLimit calls $8,191.
TURN [board cards: 3D,AD,TH,TC ]
DEALING_TURN
.
RIVER [board cards: 3D,AD,TH,TC,QD ]
DEALING_RIVER
.
SHOWDOWN
Ragnarok.1er shows [ AC,3S ]
AmLimit shows [ AS,KH ]
Ne nous apitoyons cependant pas trop sur le sort de William du point de vue financier: il a très vite fait de rattraper l’argent perdu. Mentalement, par contre, la saturation est bien présente.
Afin de rompre avec son poker industriel, Ragnarok décide donc de s’octroyer une absence des tables virtuelles, de trois mois.
Jusqu’en juin, où il écrit avec humour :
Je vivais des jours heureux avec Dinodino, mon fidèle compagnon…
Air frais sur le balcon :
Parties de cache-cache :
Soirées endiablées…
…où il avait souvent plus de succès que moi!
Et puis il a fallu que Sharkou le pervertisse!
Ainsi, avec l’apparition de la nouvelle législation française, Dinodino conduit son vénérable maître à reprendre le grind intensif.
Avec un nouveau tournant : William décide de tourner le dos à Winamax et de trouver en PokerStars un nouveau terrain de jeu. Au passage, il ne se prive pas de donner quelques conseils aux concepteurs de tournois du site au W rouge :
Si quelqu’un de chez Winamax me lit, il va falloir m’expliquer qui a eu l’idée de ce que je considère comme le pire niveau de blindes de l’histoire des SnGs. Tenez-vous bien : Après les classiques 10/20, 15/30 et 25/50, les Winaboys ont cru bon d’installer un niveau 35/70 ( ??! vu nulle part ailleurs donc relou car il faut tout recalculer pour les sizings de raise et de 3-bets ) avec ANTE 10! Passe encore en full ring, mais en HU c’est tout bonnement affreux.
Puisque les responsables de Winamax semblent adorer l’innovation sous toutes ses formes, voici deux excellentes idées qu’aucun site n’a encore adoptées, à ma connaissance.
1) Le méga-full ring®. Vous vous demandez souvent qu’est-ce qui pourrait être pire que le full ring, cette infâme discipline qui consiste à jouer une main sur huit face à d’autres gens qui jouent une main sur huit? Ne cherchez pas plus loin que le méga-full ring®! Le méga-full ring® se joue à 23 joueurs par table, ce qui permet de brûler une carte avant le flop et d’en garder 5 pour le board!
Jamais les reads n’ont été plus précis qu’au méga-full ring. Le joueur UTG relance et vous avez un roi en main? Il a 97% de chances d’avoir AA! N’est-ce pas génial? Et quand les 10 premiers joueurs foldent, il reste encore trop de joueurs à parler pour jouer AQ. C’est le pays rêvé des nits du monde entier!
2) Le Nothing or Nothing®. Vous êtes un nit mais vous n’avez pas le temps pour un MTT en méga-full ring®. Alors contentez-vous d’un SnG « Nothing or Nothing* ». Le Nothing or Nothing® se joue à 10 joueurs, avec un droit d’entrée de 10+1,11$. Le but : Ne pas finir dernier, car pour le 10ème le prize pool n’accorde rien : Nothing! Une fois un joueur éliminé, le Sit & Go s’arrête, et les 9 survivants se partagent le reste du prize pool. Ils recoivent donc chacun 100$/9 = 11,11$, soit exactement leur buy-in. Ils ont eux aussi gagné « Nothing »! Génial! .
Le Nothing or Nothing® est l’autre paradis des nits, puisque l’ICM vous impose de ne jouer aucune main, même pas AA! Bonus : La stratégie co-optimale du Nothing or Nothing® : UTG shove any two, et tout le monde passe, puisque même 80% d’équité ne sont pas suffisants pour un call.
J’espère que mes idées verront le jour, Winamax! C’est ainsi, et seulement ainsi, que vous écraserez la Française des Jeux pour le glorieux titre de site francophone numéro 1!
Début juillet, après avoir participé au DSO de Namur avec bon nombre de joueurs romands (article de Frux à son sujet) :

… avant de reprendre son intense activité de grind, William effectue un retour remarqué sur la scène humoristique. En tombant sur cette vidéo :
[vsw id="uOszjtE0diU&feature=player_embedded" source="youtube" width="425" height="344" autoplay="no"]
Il imagine cette parodie :
[vsw id="8BwvxCXxAyk&feature=player_embedded" source="youtube" width="425" height="344" autoplay="no"]
C’est sur PokerStars que Ragnarok va réaliser qu’un défi proposé par le site est à la hauteur de sa folie. Pour cela, il faut comprendre la notion de « VPP », pour VIP Poker Point :
Pour chaque dollar (sur le .com) ou euro (sur le .fr) de rake, un certain nombre de VPP est octroyé au joueur. Ce VPP est ensuite transformé en FPP (Frequent Player Point) au moyen d’un multiplicateur déterminé par le statut de fidélité. Ces FPPs permettront, en fin de compte, d’acheter des bonus ou cadeaux dans la boutique. Par exemple, pour un sit and go à 50€ chaque joueur reçoit 28,50 VPPs.
D’ailleurs, sur la version française du site, on obtient un peu plus de points que la version mondiale, puisqu’on rake plus. Jusque là, c’est limpide.
A la mi-août, « Ragnarok1er » est en pleine réflexion :
« Le statut de Supernova Elite est décerné aux joueurs qui obtiendront 1’000’000 de VPP en 2010
1 million de VPP, cela équivaut à 133’000€ de rake.
Nous sommes le 14 août :
138 jours restants dans l’année.
223000 VPP déjà acquis.
777000 VPP à prendre.
5630 VPP par jour.
750€ de rake par jour.
Fol objectif. Sans doute pas réalisable. Mais rien n’empêche d’essayer »
Cependant, lui-même a dû oublier que pour un champion, rien n’est fou. Ainsi, pas plus tard que la semaine dernière, arriva ce qui devait arriver :

avec une documentation journalière de son parcours :

En clair, qu’est-ce que ça change, hormis d’avoir six étoiles noires autour de son avatar PokerStars?
Cela signifie d’abord que certains jours, « Ragnarok1er » a joué plus d’une centaine de sit and go heads-up à 500€ de buy-in, engrangeant plus de 30,000 VPPs (!). Pour ceux qui ne visualisent pas bien : en un après-midi de jeu, il a collecté assez de points de fidélité pour s’acheter un Mac Book.
Mais c’est au moyen d’une illustration que l’on comprend à quel point c’est en fait le rakeback qui constitue de lui-même la plupart des profits.
Dans les commentaires du 1er article, certains s’étaient étonnés de la courbe sharkscope modeste de Ragnarok1er :
Je vous le concède, ce n’est pas la courbe la plus incroyable qu’il existe sur Sharkscope. Vous remarquez bien, d’ailleurs, la portée de la variance : entre la partie 2200 et la partie 4600, il y a une zone de 2400 sit and go heads-up où Ragnarok n’a enregistré aucun profit (breakeven). Entre parenthèse, cela nous permet de voir à quel point « runner bad » sur plusieurs centaines de parties (le long terme, pour nous joueurs normaux), est standard.
Mais observez bien la courbe suivante :
En rouge, il s’agit d’exactement la même courbe que lors de l’illustration précédente. En vert, désormais, c’est la courbe réelle des gains de Ragnarok.
Notons que pour chaque heads-up sit and go à 500€ (la limite habituelle de Ragnarok), les deux joueurs payent plus de 35€ de rake, soit 70€ (!) perçus par PokerStars pour la mise sur pied d’un seul tournoi ! Cela démontre à quel point les rooms online (et encore plus les .fr) font véritablement du racket organisé en toute impunité. Mais passons.
Passons, oui, car William se frotte les mains. Son statut de Supernova Elite lui assure en effet un rakeback de pratiquement 100%. Autrement dit, comme il a raké 140,000€ sur PokerStars cette année, il récupère tout cet argent !
Cela nous mène à plusieurs conclusions :
La première coule de source : grâce à un seul cash-in de 1,000$ au début de l’année, « Ragnarok1er » se trouve désormais à la tête d’un capital de 15,000€ environ en profit pur (notez l’exploit de dégager un profit malgré tout le rake payé), et surtout de 135’000€ en rakeback! Soit 150,000€, en moins de 11 mois. S’il arrive même uniquement à breakeven l’année prochaine, tout en gardant le même volume, un colossal profit sera au rendez-vous.
En plus de ce profit, des avantages lui sont promis :
1) Des bonus pour chaque « milestone » atteint, même au-delà du million de VPP :
- 8 000 € lorsqu’il atteindra la barre des 1 250 000 VPP
- 8 000 € lorsqu’il atteindra la barre des 1 500 000 VPP
Mais surtout :
» En tant que Supernova Elite, vous recevrez automatiquement et gratuitement un package pour les France Poker Series. Vous pouvez également choisir l’une de ces deux options :
Option A : deux packages parmi les suivants, PokerStars Caribbean Adventure, Main Event des WSOP* ou European Poker Tour (vous pouvez choisir un événement EPT par package).
Option B : un des packages ci-dessus plus 8 000 €. «
Grâce à cela, Ragnarok sera présent, tous frais payés, à une étape des FPS, au Main Event des WSOP ainsi qu’à la grande finale de l’EPT ! Qui a dit qu’il n’y avait pas de plaisir à jouer un poker aussi industriel ?
Avant de refermer ce portrait du plus extrême des joueurs que je connaisse (et, probablement, qui existe actuellement), notons que William est désormais professeur de mathématiques à l’académie de Versailles. Il réfléchit d’ailleurs à prendre une année sabbatique. Comme il le dit, « vu les sommes à gagner potentiellement, mieux vaut sans doute le faire maintenant qu’à 40 ans ». Surtout vu la bonne marche du système français, serait-on tenté de dire.
Enfin, et pour conclure cet intense article en douceur, voici quelques bonus :
* William et Dinodino sont passés à Club Poker Radio, mardi 16 novembre. Vous pouvez l’écouter ici , et je vous le conseille fortement!
Photos ClubPoker :


* La suite du blog de Ragnarok : http://www.clubpoker.net/forum-poker/blog/1231-hu-sngs-et-autres-peripeties/
* Le blog de vidéo-review de Ragnarok : http://www.clubpoker.net/forum-poker/blog/1241-videos-reviews-et-liens-divers/
* La blog off-Poker de Ragnarok, sur la vie en général : http://interestingworld.tumblr.com/
* Inspiré par Piercy, William est allé jouer à Motus, sur France 2. Grâce à une technique imparable d’apprentissage par coeur des combinaisons de mots, ils ont brillamment remporté 3,000€. Le compte-rendu est à lire sur le blog.

Enfin, n’hésitez pas à poser vos questions, auxquelles William répondra sans doute.
Je finirai par une mise en garde : tout ce que vous avez pu lire a été effectué par un professionnel. Toute tentative d’imitation peut nuire à votre santé, et Slowrolled décline toute responsabilité.
® Slowrolled.com – Novembre 2010
Tags:gagner, poker, portrait, ragnarok1er, SNG HU


















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commentaires (19)
Trop bon ton article Bergeek
Et je suis aussi à fond pour un défi Ragnarok1er VS la_gâchette….mais faites le à faible buy in pour que le gagnant ne soit pas trop poker star
Miro[citer]