Le kit de survie du joueur online (1): introduction à la variance
Avant de parler du thème principal à proprement dit, il est capital de rappeler qu’au poker en ligne, il y a énormément d’appelés pour (très) peu d’élus.
En effet, une des questions qui n’est pour le moins pas récurrente, et même des plus tabous, dans la politique de communication des principales rooms, ces mastodontes du business pesant plusieurs millions voire milliards de dollars est de connaître la proportion des joueurs qui sont véritablement gagnants.
Une vieille référence, dont l’origine n’est pas établie, dit qu’il n’y aurait que 5% à 7% de joueurs gagnants sur le net (reprise notamment par M6 lors de l’émission Capital sur le poker). Alors, légende urbaine ou vérité qui dérange ? Secret défense ?
D’après mes investigations (il est évident que les rooms n’ont pas intérêt à communiquer là-dessus), approximativement 20% des joueurs, soit un sur cinq, serait marginalement gagnant, ou du moins break-even.
D’après Officialpokerrankings et Sharkscope, deux outils qui seront présentés très prochainement, nous atteindrions un chiffre compris entre 15 et 25% de joueurs classés « ROI positif » (ndlr : retour sur investissement positif en tournoi à une table (STT ou sit and go) et tournois multi-tables (MTT).
Il faut cependant poser certains bémols : lors des tournois avec rebuys, ces derniers ne sont pas pris en compte, de même que les cas de joueur qui n’ont pas effectué de dépôt et joué quelques tournois à 1$ grâce à des freerolls, et autres cas particuliers. En résumé, il est très difficile de rendre une statistique fiable.
En cash game, même topo. On devrait même s’approcher ici des 5%, tant le rake « rabote » les gains des plus petits joueurs. Un graphique, établi sur 1 milliard de mains, est disponible sur la toile :
On constate que ceux qui jouent un gros à très gros volume (axe des ordonnées : nombre de mains jouées) sont les joueurs véritablement gagnants, qui profitent des joueurs venant effectuer un dépôt et prendre un shoot, souvent à une limite pas adaptée à leur bankroll. Il est d’ailleurs tout à fait logique qu’un joueur ayant joué plus de 100’000 mains soit devenu gagnant, ou alors ait décidé de continuer parce qu’il était gagnant.
Cela nous mène à un adage qui est quelque peu une lapalissade : le poker est un jeu de long terme.
A la lecture du graphique ci-dessus, cela prend précisément tout son sens. Le long terme est en effet le seul moyen d’arriver à contrecarrer les effets de la variance.
Variance, késako ? Chaque week-end, au détour d’un tournoi live (avec des personnes réelles), j’entends toujours les mêmes jérémiades : « De toute façon, ce jeu, c’est que de la chance. Toujours les mêmes qui ont de la chance, en plus ! Je sors car encore une fois j’ai pas de chance ! »
Il convient donc de s’interroger : Quelle est la part de chance au poker ? En écoutant quelques uns des plus grands noms du poker, j’ai entendu parler de 50%, de 10%, ou de réponses plus complexes qui sonnent comme « 90% à court terme, mais 5% à long terme ». Ou alors, par chez nous « Bien plus, avec tous les imbéciles qui jouent ici ».
Or, je n’ai jamais entendu un joueur dans la moyenne, un grand joueur ou un joueur qui va à la pêche le vendredi soir donner la seule et unique réponse correct à cette question : il n’y a pas de chance au poker !
Je cite Mike Caro : « La variance est une mesure de la dispersion d’une distribution statistique autour de sa moyenne. Au poker, la variance correspond à la distribution de vos résultats sur un ensemble de mains ou de sessions ou encore aux oscillations de gains/pertes monétaires. Plus grande est la variance, plus importantes sont les oscillations. Une variance faible indique une plus forte probabilité que le résultat d’une session donnée soit proche de la moyenne de tous les résultats de l’ensemble des sessions (soit la moyenne des résultats du joueur). »
Au-delà de cette réponse purement mathématique, la variance est un phénomène qui a pris de plus en plus d’ampleur dans les discours des joueurs de poker, qui se sont rendus compte de son omniprésence.
-à suivre-
Tags:analyse, conseil, débutant, gestion bankroll, joueur gagnant, poker, variance










22 août 2011 : Le retour des France Poker Series
15 août 2011 : Faites-vous un tournoi international cet automne !
12 août 2011 : Le tour de l’actu: tricheurs démasqués et Fulltilt licencie
7 août 2011 : Ronny Kaiser remporte l’EPT Tallinn !
3 août 2011 : FullTilt et ses liaisons dangereuses
20 juillet 2011 : These are the November Nine !
commentaires (7)
Très intéressant et instructif !
Merci Bergi et au plaisir de lire la suite…
Le-Squale
Le-Squale[citer]
"poker is gambling with an edge"
Ma citation préférée quant on parle de la part de chance dans le jeu. En français ça veut dire que le poker est un jeu de hazard ou certains peuvent avoir un avantage sur les autres joueurs.
Raspa[citer]
On sent vraiment "la touche Bergi" dans cet article! Good one! And sooo true!
X-Men XXL[citer]
Nice post, on attend la suite …
PS: joueur gagnant à +de 100 000 mains
Rincevent[citer]
Ah que j'aime les maths … Dans un vrai jeu de hasard, plus on joue et plus on se rapproche de la moyenne mathématique. Sur 6000 lancer d'un dé, vous serez très proches de 1000 x le 6.
Au poker plus on joue et plus on se rapproche de sa propre moyenne de jeu. Pour certains c'est la moyenne "plouc" et pour d'autres c'est la moyenne " Phil Ivey".
Donc si régulièrement certains perdent, il faut qu'ils se remettent en cause avant d'accuser la chance …
Bravo pour l'article et le site.
PS : je suis meilleur en théorie qu'en pratique.
Fricmaker[citer]
+1000000
Thx Mad Bergi Professor, voila ki remet les points au milieu du village !
Kabooki[citer]
The Brat:
"50% de chance et 100% de skills"
PS: très bon article, style sérieux et léger ne même temps… keep on
scacos[citer]