Jeff Sarwer, un mec hors du commun
Ne vous est-il jamais arrivé, déambulant dans la rue, de tomber sur un mec et de vous dire : « Tiens, ce gars-là, il a vraiment l’air d’un type sympa » ? Hé bien aujourd’hui, Slowrolled vous tire le portrait du gendre idéal par excellence… Mais pas seulement. Voici l’histoire de Jeff Sarwer, l’homme qui commence à beaucoup faire parler de lui dans l’univers du poker.
Si l’histoire de Jeff Sarwer est si atypique, c’est qu’elle se distingue singulièrement de ce que l’on peut raconter sur les autres personnages estampillés « grands joueurs », et même, si l’on peut dire, de tout autre homme.
Car ce n’est pas le poker qui a conduit à la médiatisation de Jeff : pour connaître ses débuts, il faut revenir à 1982. A ce moment-là, l’Italie devient championne du monde de football en battant la RFA par 3 à 1, tout en n’ayant remporté aucun match lors du tour préliminaire. A Las Vegas, Jack Strauss remporte le Main Event des WSOP et un demi-million de dollars, lors d’un événement qui aura vu 104 joueurs s’inscrire et Doyle Brunson faire, évidemment, la table finale.
Jeff, lui, a 4 ans. Et, pas comme tous les garçons de son âge, serait-on tenté de dire, il a déjà soif d’apprendre et se familiarise avec les échecs, en compagnie de sa sœur, de 2 ans son aînée.

Or, il progresse à une vitesse telle qu’il se voit inviter par Edgar Mednis, Grand Maître d’échecs, à analyser une partie à la TV entre Kasparov et Karpov. Le hic? Jeff n’est alors âgé que de 7 ans !
Encore plus fort : à l’âge de neuf ans, le Canadien est tellement doué qu’il est considéré comme le prodige le plus prometteur de l’histoire. Ce qui fait dire au Président de la Fondation américaine : « Jeff est plus fort à 9 ans que Bobby Fischer [« la » légende des échecs] ne l’était à 11 ».
Peu à peu, tous les médias commencent à s’intéresser à ce phénomène hors du commun. Il franchit un à un les paliers restants, jusqu’à jouer contre 40 adversaires parmi les plus brillants, et ce simultanément. Cela se passe en plein Washington Square Park, à New York City, devant une foule conquise. Déjà à 10 ans, Jeffrey Sarwer est sacré champion du monde. Le prodige se spécialise dans les parties de « speed chess », où les parties durent au maximum 3 minutes, temps imparti pour l’ensemble des décisions !
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En dehors des échecs cependant, c’est précisément, jeu de mot douteux, l’échec. Le génie et sa sœur (elle-même « grandmaster ») vivent sous l’aile protectrice de leur père, et vivent sans le sou. Allant même jusqu’à dormir dans une voiture, ils n’ont pas la reconnaissance que mériteraient ces grands talents. Et si Jeff maîtrise plusieurs langues aujourd’hui (dont un parfait français), ce n’est pas pour autant grâce à l’école, qu’il a quittée autour de son dixième anniversaire.
Reste que le battage médiatique autour de Jeff, un véritable cobaye, alerte les services sociaux qui retirent la garde des deux adolescents à leur père : un déchirement pour le clan Sarwer, et la fin de la carrière « échecs » de Jeff… Celui-ci va prendre alors la décision de s’enfuir de son foyer d’accueil en compagnie de sa sœur, et de rejoindre le père pour vivre en « voyage permanent » à travers l’Europe. « A long story », comme résume le Canadien aujourd’hui encore, lorsqu’il explique ces épisodes qui conduirent son père à le retirer du jeu.
Et le poker, alors, dans tout ça ?
Sarwer fait son entrée à l’EPT de Prague, il y a de cela presque deux ans déjà, en décembre 2008. Il y dispute son premier grand tournoi live, et avoue très volontiers qu’il ne se basait alors que sur ses connaissances mathématiques pour évoluer dans le tournoi (son bagage pokéristique n’étant encore pas complet), qu’il concluera tout de même positivement. Surtout, comme il le dit, « he had fun ».
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Il va alors se mettre à disputer les étapes suivantes de l’European Poker Tour. Il réalise une première performance de choix à Varsovie, échouant aux portes de la table finale (10ème, 30’000$), cette fameuse dernière table qu’il atteindra un tout petit mois plus tard lors de l’événement suivant, à Vilamoura, au Portugal, où seul un manque de réussite criard l’empêchera de remporter son premier grand titre (3ème, 233’000$).
Le 6 mars dernier, alors que six braqueurs s’attaquent à l’EPT de Berlin, Jeff Sarwer attaque lui avec son agressivité à toute épreuve le tournoi High Roller, qu’il finit runner-up pour 150’000 dollars supplémentaires.
Figure de proue de l’équipe finlandaise Club4Aces, qui comptait encore récemment dans ses rangs le français Clément Thumy, que vous connaissez si vous êtes de fidèles Slowrollers, le Canadien est une vraie bouffée d’oxygène dans le poker.
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Au-delà du résultat, il fait dire au « grand » Shaun Deeb : « Il surpasse tout le monde, 100 pour 100 du temps, moi y compris. Sa réflexion atteint des niveaux dont je ne soupçonnais même pas l’existence ».
Jonathan « FatalError » Aguiar ajoute : « C’est probablement l’esprit le plus développé à être entré dans l’Histoire du poker, sans aucune exagération », sur les forums américains de 2+2.
Shaun Deeb de conclure en analysant : « Les forums nous conseillent d’éviter au maximum tous les spots difficiles. Sarwer, lui, essaie précisément de rentrer dans le plus grand nombre possibles de ce genre de coups ! ».
Tous ces témoignages recueillis par l’excellent magazine Bluff montrent à quel point Sarwer peut devenir le nouveau diamant du poker… L’avenir nous le dira. Ce qui est sûr, c’est que l’homme en lui-même est déjà un réel joyau, et qu’il ferait le meilleur ambassadeur pour ce jeu qui souffre toujours autant des préjugés médiatiques ou populaires.
Bergi
Tags:jeff sarwer, poker actu, portrait









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commentaires (7)
Excellent Adrien, je découvre un personnage!
xDaY[citer]
sur la photo du haut, ya un certain Brian Hinkle, serait-ce l'un des frères Hinkle qui a win un WPT??
ewing[citer]
^^ excellent merci Bergi…
ona envie de chantonner… sawer c'est l'Amérique…
scacos[citer]
Enorme
(OMG la 2ème vidéo, jouer aux échecs les yeux bandés c'est juste….AMAZING)
The Splinter[citer]
Je ne connaissais pas non plus ce phénomène, wow quel destin à la fois tragique et extraordinaire et quelle renaissance dans le poker ! Champion du monde des moins de 10 ans à l’âge de 8 ans c’est juste phénoménal car 1 ou 2 ans d’écart à cet âge là c’est énorme ! Dommage que sa carrière échiquéenne ait été stoppée car nul doute qu’il serait aujourd’hui dans les tout meilleurs mondiaux. Il a fait un tournoi semi-rapide en dilettante en 2007 en Pologne ou il vit maintenant et termine 2ème avec 7 points sur 9 en faisant match nul contre 2 Grands Maîtres ! Sa comparaison échecs/poker dans l’interview est intéressante, je me demande depuis un moment pourquoi il y a autant de joueurs d’échecs et accessoirement de backgammon qui s’adonnent au poker. J’ai trouvé aussi cette interview passionnante http://main.uschess.org/content/view/10007/571/ ou il revient sur sa période de fugue en Europe dans le milieu hippie, le monde des échecs, des nouvelles comparaisons échecs/poker et il raconte quelques coups marquants de son EPT de Vilamoura ou il a terminé 3 ème notamment un joli call avec bottom paire contre un bluff de Pierre Neuville ! Un personnage fascinant, je suis fan !
pisingos[citer]
<blockquote cite="comment-2248">
pisingos: je me demande depuis un moment pourquoi il y a autant de joueurs d’échecs et accessoirement de backgammon qui s’adonnent au poker.
parce que ça rapporte plus !
ezekiel[citer]
@ezekiel : Cette explication vénale me semble un peu courte même si j’ai gagné plus d’argent en 2 ans de poker qu’en 30 ans d’échecs ! Je préfère l’approche de Jeff qui trouve comme similitude entre le « speed chess » donc les parties blitz et le poker que tous deux sont des jeux à informations incomplètes. Intéressant aussi quand il dit que les moments qu’il préfère dans une partie de poker sont les …pauses ! Non pas pour fumer une clope mais bien pour analyser précisément sa table et son positionnement dans le tournoi et pour mettre en place une stratégie comme il le ferait dans une partie d’échecs en somme.
pisingos[citer]