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Pourquoi jouons-nous?

Rédigé par ezekiel le mai 7th, 2010, publié dans humeur

« Si vous lisez ceci, alors cet avertissement est pour vous. Chaque mot que vous lisez de ce texte inutile est une autre seconde perdue dans votre vie. N’avez-vous rien d’autre à faire? Votre vie est-elle si vide que, honnêtement, vous ne puissiez penser à une meilleure manière de passer ces moments? Ou êtes-vous si impressionné par l’autorité que vous donnez votre respect et vouez votre foi à tous ceux qui s’en réclament? Lisez-vous tout ce que vous êtes supposés lire? Pensez-vous tout ce que vous êtes supposés penser? Achetez-vous ce que l’on vous dit d’acheter? Sortez de votre appartement. Allez à la rencontre du sexe opposé. Arrêtez le shopping excessif et la masturbation. Quittez votre travail. Commencez à vous battre. Prouvez que vous êtes en vie. Si vous ne revendiquez pas votre humanité, vous deviendrez une statistique. Vous êtes prévenu… » Tyler.

-Fight Club

Ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi vous jouiez au poker? Je veux dire dans quel objectif? Qu’est-ce qui vous a poussé, la première fois, à vous asseoir à une table? La curiosité? L’attrait du gain? Ou peut-être simplement la volonté de passer le temps?  Qu’est-ce qui fait que c’est ce jeu qui ait capté votre attention, et pas le bricolage, la fabrication de maisons en allumettes ou le nordic walking? Pourquoi ne vous êtes-vous pas mis à la cuisine du monde, au tricot, aux claquettes, au scrabble?

À mon sens, et ça ne se discute pas des masses entre convaincus, le poker est un des plus beaux jeux qui existent. Sans en énumérer les composantes, nous, joueurs, connaissons tous l’importance des aspects stratégiques, techniques, psychologiques et hasardeux de cette pratique qui en font une entité extraordinairement complexe à maîtriser. Peut-être est-ça? La poursuite d’une chimère, du cheval fougueux que l’homme de tout temps a voulu dompter, maîtriser, asservir. Pour le servir. Le réduire à l’expression d’un outil pour lui rendre la vie plus facile.

Tom Dwan, dans une interview paru dans Live Poker cet été, affirme qu’il joue pour l’argent. Que le jour où il ne gagne plus, il arrête de fréquenter les tapis vert. Le pognon. Voilà, le mot est laché. Ne jouons-nous pas tous pour le fric? N’est-ce pas le dollars qui, derrière des façades consensuelles de « je cherche à progresser » ou de « ce que je veux, c’est gagner de l’expérience, améliorer mon jeu », motive chaque jour des millions de joueurs à se connecter, à se déplacer au casino ou à la cardroom du coin? Ôter le pognon des paramètres du poker et vos M&M’S semblent bien nus sans leur cacahuète…

« Le poker est le seul loisir que j’ai en dehors du boulot, en plus ça me rapporte! T’en connais beaucoup, toi, des loisirs qui peuvent te rapporter du pognon? » Cette phrase, prononcée par un des regs de la room que je fréquente, fait remarquer que même le « poker détente » est soumis à la vile loi du dieu vert.

Souvenez-vous vos premières parties. Quand vous étiez prêts à tout casser, vous voyant déjà au sommet d’une montagne de billets après votre magnifique victoire aux WSOP. Souvenez-vous aussi du moment où, lassés par une n-ième défaite, vous vous êtes rendus compte que vous n’aviez pas le niveau. Souvenez-vous du moment où le concept de « position » a cessé d’être un truc vaguement abstrait. Vous saviez que c’était important, tous les pros le disent, mais là, c’est devenu réalité, nécessité. Souvenez-vous du premier livre que vous avez lu en pensant tout comprendre. Et relu, parce que « mince, j’ai rien capté« . Pourquoi tous ces efforts, toutes ces heures passées à sasser et ressasser de la théorie? Pour être meilleur, demain. Pour gagner. Écraser tous ces donks qui auraient le culot de se dresser sur votre chemin pour vous empêcher d’empoigner le Graal, enfin. D’avoir la reconnaissance de vos pairs. Et des stats positives sur le long terme.

La dimension pécuniaire fait que le poker professionnel est un des ultimes moyens de rébellion qui existe dans nos sociétés occidentales. Seul patron, seul employé, votre entreprise ne tient qu’à votre capacité à prendre les bonnes décisions sur un tapis vert. Une rébellion solitaire, loin de la masse, de la fourmilière qui continue à grouiller sans vous. Vous êtes inutiles à la Reine. Vous ne représentez rien. Tout au plus le symbole du dissident. sous des clichés de bad boy gambler. Le poker nous éloigne de la matrice où Colgate, Pepsodent, Mirlaine, Facebook, Youtube et Coca-Cola sont rois. Il nous permet d’être autre, par la compétition, d’oublier, l’espace d’un battement d’aile de papillon, les factures posées sur la table de la cuisine. Seule compte la bulle. Les cotes du pot. Les « come on, one time, pas de bad beat! ». Un bad play, une rivière assassine et c’est la fin. La mort. Ou le réveil.

Le jeu nous permet de ne pas être une statistique, de se battre, de sortir la tête de ce sac. Oui, c’est ça, le poker nous permet de vivre. De nous évader, de rêver. Et c’est le plus beau cadeau qu’il puisse nous faire.

[Mais si en plus y a du pognon à se faire...]

Et vous, pourquoi jouez-vous?

Celui-là, il est pour moi !

Rédigé par Expatria le avril 30th, 2010, publié dans humeur

Je suis sûr que chacun s’est déjà répété ça avant et pendant un tournoi. On se couche plein de confiance, on se lève débordant d’espoir. « Dame chance est avec moi aujourd’hui. » Déjeuner délicieux, petite pluie ou grand soleil, rien n’arrête l’entrain. Et à raison : ce MTT, il est pour moi ! Évidemment, avec pareille motivation, tous les problèmes d’avant-tournoi sont peccadilles. On veut s’asseoir. On veut jouer. On veut le gagner !

Deux ou trois poignées de main (voire une petite trentaine), une première tournée, on écoute déjà avec joie la sixième anecdote croustillante de bad beats. On connaît tout le monde et tout le monde nous connaît. La préparation psychologique de la veille ne laisse planer aucun doute : Le seating sera bon, si possible une table à petit chiffre pour ne pas changer trop souvent de place ; une serrure en bataille de blindes et une autre en milieu de parole ; et une jolie serveuse rousse à mèches blondes. Table 8, siège 9. Juste à côté du dealer, parfait pour lire l’adversaire en siège 1. Pas grave, il semble que le joueur à ma droite me dise quelque chose. On court aux infos : « Oui c’est un reg des EPT. »

Pas grave ! Il y a ma serrure en milieu de parole. Shuffle up and deal. De toute façon, c’est mon tournoi. Bon début, le premier niveau est favorable puisque le stack augmente de 17% sur une bonne config (Q6o vs K4s). Le deuxième niveau revêt une tunique nettement plus délavée alors que le troisième est carrément saharien. Pause de 10 minutes pour se remettre les idées en place. Vingt-deuxième anecdote de bad beats, mais sortie du four trop tard, elle n’est même plus croustillante.

On ne connaît soudain plus personne. Allons ! Ce tournoi est pour moi ! Pour moi!
Reconcentration ; retour de la pause sans être passé par la case Messieurs. On s’assied, on le remarque, on se relève. Case Messieurs. On revient, en passant par le Start pour s’abreuver d’un petit thé froid. Pêche. La concentration revient gentiment, on est prêt à laisser rouler les poubelles en plaçant de judicieux squeeze. A peine sur la chaise, Monsieur (ou plutôt Mademonsieur) lance judicieusement : « J’ai vu tes cartes tu as eu les as 2 fois ! » La préparation psychologique tient.

Petit sourire, renvoi de blague pertinente. Le jeu continue. Poubelle. Poubelle. Poubelle. Ah ! Une paire ! Je limpe ! La serrure en milieu de parole relance. Le reg EPT tribet. Là vient l’illumination ! Ce pot, il est pour moi ! Impossible d’expliquer comment je le sais. Je le sens !

Je le sens…

En général c’est là que je cherche à comprendre pourquoi la mentalité du tournoi est passée de « Celui-là est pour moi » à « Ce pot-là est pour moi ». Heureusement, la deuxième tournée aide beaucoup. Et elle est généralement fort peu chère…



trash talk

  • lUI: elle est vraiment belle
  • heureur: enfin une bonne nouvelle. C’et...
  • Incognito: sick life F…..the TF vive...
  • drcruz: Dommage, des coverages de qualité, des...
  • Karma: Dommage ! Z’étiez bon !
  • Jurassik: oui, un grand dommage. je comprend ta...
  • Kaisersauze: Arfff, dommage, quel bad beat pour...
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