la une
poker culture
swiss poker news
slowrolled poker shop

cet auteur a écrit

Gold-Mind

Sans dénigrer les nombreux aspects purement techniques du Poker, c'est avant tout sa dimension humaine qui m'intéresse. En l'occurrence, j'aime repérer et analyser les éléments qui font gagner ou perdre des chips. En tant que rédacteur pour Slowrolled, j'aimerais partager ce genre d'observations, ainsi que mon amour pour l'écriture avec vous. J'espère donc que mes articles vous seront utiles ou agréables et me réjouis de lire vos commentaires ! Gold-Mind

Le Slowrolloscope 2010-2011

Rédigé par Gold-Mind le octobre 22nd, 2010, publié dans humeur, littérature

Le Poker est un jeu de cartes dans le milieu duquel gravitent quelques étoiles. Il m’apparait donc normal que slowrolled vous offre un horoscope, valable pour les 12 mois qui viennent.

Bonne lecture !


BALANCE : du 23 septembre au 22 octobre

Vous savez peser le pour et le contre. N’oubliez pas cependant d’appliquer les quelques théories mathématiques de bases. Vous parviendrez toutefois à faire pencher la balance du bon côté lors de votre prochaine bonne config.


SCORPION : 23 octobre au 22 novembre

Vous êtes rapide, incisif et vous possédez là une arme redoutable ! Attention toutefois à ne pas en abuser, car à trop vouloir jouer de la queue, on pourrait vous conseillez de continuer votre carrière dans le billard…


SAGITTAIRE : 23 novembre au 21 décembre

Le Sagittaire est un chasseur de mines de la marine française. Vous avez donc envie de tout exploser et on vous comprend, mais n’oubliez pas que le poker est avant tout un sport de patience… Si vous ne parvenez toutefois pas à réfréner vos pulsions, faites donc un solitaire !


CAPRICORNE : 22 décembre au 20 janvier

Votre signe astrologique est représenté par un poisson-chèvre ! Vous êtes donc condamné à perdre au moins une main sur deux.


VERSEAU : 21 janvier au 18 février

Un proverbe affirme que « le Verseau verse sur le monde l’eau de la connaissance ». Toute la communauté des joueurs de poker vous prie donc de bien vouloir arroser un peu plus certaines personnes que la pudeur me retient de citer ici (lâchez-vous dans les comments!).


POISSON : 19 février au 20 mars

*LOL*


BELIER : 21 mars au 19 avril

Je conseille à tous les béliers de relancer à hauteur du pot face aux capricornes et de partir à tapis contre les poissons. Il existe toutefois une exception si vous êtes jurassien ; auquel cas un fold et un passage par le pub s’impose.


TAUREAU : 20 avril au 20 mai

Votre couleur est le vert, ce qui devrait favoriser vos séances devant le tapis. Votre point faible est le cou (ce n’est pas moi mais Wiki qui le dit). Surveillez-donc vos tells dans cette région…


GEMEAUX : 21 mai au 21 juin

Arrêtez immédiatement de jouer avec votre frère, la collusion est strictement interdite !!!


CANCER : 22 juin au 22 juillet

Je vous conseille d’apprendre à aimer l’humour noir et de surveillez particulièrement votre prostate, vos poumons et vos seins si vous en avez. Ce serait effectivement un putain de bad beat que de devoir faire une chimio… et je comprends donc aisément que vous aillez les jetons !


LION : 23 juillet au 22 août

Saliver devant les petites gazelles est une chose normale pour vous. Vous devez toutefois impérativement apprendre à vous faire violence et regarder vos cartes avant de jouer ! Pour ce faire, ce n’est pas compliqué, il suffit de lever discrètement le coin inférieur gauche de chacune des deux cartes posées devant vous. Allez, courage ! vous vous y ferez très vite…


VIERGE : 23 août au 22 septembre

Avec le nombre de geeks qui jouent au poker, les vierges sont largement les plus nombreux. N’oubliez toutefois pas que vous êtes unique ! Tentez alors de vous démarquer… par exemple en venant aux tournois accompagné d’une gonzesse… ou onze, déguisées en Lady Gaga!!!


Gold-Mind, alias « Monsieur Soleil »

Êtes-vous accro au Poker ?

Rédigé par Gold-Mind le octobre 20th, 2010, publié dans humeur, psychologie

Tout le monde reconnaît que l’un des dangers principaux en matière de jeux d’argent, réside dans le risque d’addiction. Mais sait-on au moins à quel moment l’on devient accro ? En avons-nous tous la même définition ? Je vous propose de poursuivre la réflexion et même d’y participer, via cet article interactif. Vous êtes donc vivement invités à prolonger la liste ci-dessous, en envoyant vos propositions, ainsi que votre pseudonyme, à l’adresse e-mail suivante : gold-mind(atchoum)slowrolled.com.

Voici déjà quelques exemples, afin de lancer la machine et donner le ton :

Vous êtes accros au Poker si…

… vous montez de limite à chaque fois que vous perdez votre stack. Gold-Mind

… vous criez « Tapis !!! » au moment de l’orgasme. Gold-Mind

… vous atteignez la limite de votre carte de crédit avant la moitié du mois. Gold-Mind

… un flic vous colle 80 balles d’amende et vous lui répondez « Raise ! ». Gold-Mind

… vous croyez que votre échec à un examen est dû à un bad beat. Gold-Mind

… ta copine te demande si t’es chaud pour une pizza et tu lui dis « I call »! darty

… vous mettez vos lunettes quand vous mentez à votre femme, car vous êtes en totale Bluff ! X-Men XXL

… quand un pote vous raconte un mensonge, vous vous sentez obligé de 4-bet light en lui racontant un encore plus gros mensonge derrière! X-Men XXL

… pour toutes vos situations dans la vie normale vous utilisez des termes pokerristiques du genre « J’ai oublié mes clés de la maison au boulot, comment je run bad! » ; « Oh le bad beat, le bus avait 1 minute d’avance! » ; « Sick, le mec qui fait la queue devant moi à la boulangerie me sort un one-outter en me prenant le dernier pain au choc! » ; « Mais oui! Le feu devient rouge quand c’est moi qui doit passer… encore un flushdraw raté! » X-Men XXL

… vous payez vos factures par e-banking et vous cherchez à cliquer sur « Fold ». Gold-Mind

… tu demandes un soir à un serveur, un stack de boeuf – pomme-frites. _squAces_

… ton frère monopolise la douche depuis 40 minutes et tu gueules TIME derrière la porte! Wonderbra

… à la station-service tu paies ta bouffe à la caisse et que tu empiles les pièces de 2.- et avances le stack vers la caissière. Tcharls

… t’as encore faim et que tu demandes l’add-on… kaiser

… t’arrives en courant au supermarché à 18h58 pour acheter un truc hyper urgent et qu’on t’annonce avec empathie que c’est toi le bubble-boy… kaiser

… tu trouves des pièces de 2.- sur une table et tu commences à faire des chip-tricks avec. stinkypat

… t’as pas de jetons et tellement envie de jouer que tu ouvres les paquets de penne, de coquillettes, de nouilles et de cornettes pour te faire des stacks. Peu importe

À vous de prolonger cette liste, en envoyant vos propositions, ainsi que votre pseudonyme, à l’adresse e-mail suivante : gold-mind(atchoum)slowrolled.com.

Gold-Mind

Le Corbeau et le Renard

Rédigé par Gold-Mind le octobre 18th, 2010, publié dans littérature

Aujourd’hui, je me suis permis de revisiter la célèbre fable de La Fontaine : « Le Corbeau et le Renard »

Bonne lecture !

Gold-Mind
- – - – - – - – - – - – - – - – - – - -

Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur une table penché,
Cachait sous sa main une paire d’As.
Maître Renard, par les chips alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes tight ! comme vous maitrisez ce Hi/Lo !
Sans mentir, si vos cartes sont telles
Que semblent le dire vos tels,
Vous emporterez le pot haut la main. »
À ces mots le Corbeau sautille comme un gamin ;
Et pour montrer sa belle voix au flop,
Il ouvre a 6 big blinds, allez hop !
Le Renard part alors à tapis, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout bluffeur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien quelques chips, sans doute ? »
Le Corbeau, les As couchés et l’air abattu
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Gold-Mind, alias « Jean de La River »

Le Fish et le Bergi

Rédigé par Gold-Mind le octobre 15th, 2010, publié dans littérature

Je travaille toujours à l’écriture d’une petite fiction en plusieurs épisodes, mais j’aimerais aussi vous proposer quelques interludes rafraîchissants de temps à autres… Aujourd’hui, je me suis permis de revisiter la célèbre fable de La Fontaine : « La Cigale et la Fourmi »

Bonne lecture !

Gold-Mind
- – - – - – - – - – - – - – - – - – - -

Le Fish et le Bergi

Le Fish, ayant beaucoup gamblé
Parfois même devant la télé,
Se trouva peu malin
Quand broke il devint.
Pas un seul petit morceau
De chips ou d’euro.
Il skypa qu’il n’avait plus rien
A Bergi son voisin,
Le priant de lui prêter
Quelques dollars pour jouer,
Pas en live, mais en ligne.
Je vous paierai, fini la guigne !
Je sens que je vais run good,
Quitte a ne bouffer que du fast food.
Le Bergi n’est pas maladroit ;
Gestion de bankroll et variance
Doivent être de vos connaissances !
Qu’avez-vous fait de cela ?
Nuit et jour, mon ordi devant
Je gamblais, ne vous déplaise.
Vous gambliez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! grindez maintenant.

Gold-Mind, alias « Jean de La River »

De l’utilité d’une Playlist

Rédigé par Gold-Mind le juin 18th, 2010, publié dans psychologie

Bon nombre de joueurs de Poker écoutent de la musique, via leurs écouteurs plus ou moins discrets. Le font-t-ils parce qu’ils sont de grands mélomanes, pour passer le temps, pour éviter d’être déconcentrés par les bruits extérieurs… cela a-t-il une véritable utilité dans leur façon de jouer ? Franchement, je m’en bats les couilles ! Dans cet article, je vous propose donc d’étudier l’utilité de la musique suivant une autre approche, celle de la bière et du pop-corn.

Lorsque j’étais jeune et certainement un peu con, j’avais l’habitude presque militaire d’aller boire des bières avec des copains au café du Cerf à Neuchâtel, ceci tous les week-ends bien entendu et le week-end commence évidemment le jeudi lorsqu’on est étudiant. Au café du Cerf (ceci n’est pas un article sponsorisé), vous pourrez déguster une très grande variété de bières provenant de tous pays, mais vous finirez normalement pas boire une pression… Pépé, le patron, qui est un petit homme très malin, nous offrait du pop-corn à volonté et, surtout, très salé ! Il n’était donc pas rare de nous mettre à trois ou quatre autour d’une chope de 5 ou 8 litres, que nous vidions à l’aide de durites, parce que le pop-corn de Pépé, eh bien il est gratuit… et aussi très salé ! Ca se passe comme ça au café du Cerf de Neuchâtel.

Si je vous raconte à peu près toute ma vie, c’est juste pour que vous compreniez pourquoi aujourd’hui, à chaque fois que je sens l’odeur du pop-corn, j’ai envie d’une bière ! L’inverse fonctionne aussi et cela signifie que l’odeur du pop-corn et le goût de la bière sont fermement ancrés dans mon cerveau.

Le processus d’ancrage est simple et naturel. Il consiste en fait à associer un état interne (émotion, ressenti) à un stimulus externe d’au moins un des cinq sens (ouïe, vue, odorat, toucher, goût). Ensuite, la simple présence du stimulus (odeur du pop-corn) suffit à faire revenir présent à l’esprit toute l’expérience (de buveur de bière of course), et ceci qu’elle soit bonne ou mauvaise  (l’expérience, pas la bière ! Faut suivre !). Si, par exemple, avec chaque bière que j’ai commandée, on m’avait donné une paire de gifles au lieu du pop-corn, il y a fort à parier que  je cacherais aujourd’hui ma tête entre mes deux bras à chaque fois que j’ouvre le réfrigérateur ! Il s’agirait alors d’un ancrage plutôt négatif.

L’exemple le plus célèbre d’ancrage est un ancrage olfactif décrit par Marcel Proust qui, dans son livre intitulé « A la recherche du temps perdu », décrit comment tous les souvenirs de son enfance reviennent à son esprit lorsqu’il déguste une madeleine.

Grace à différents outils, il est possible et même relativement facile de maitriser ce mode d’association que notre cerveau connait bien, pour en faire un processus conscient et très rapide. Ainsi, si l’on remplace l’odeur du pop-corn par le tube de l’été 19XX et la bière par une jolie jeune fille avec laquelle vous avez joué au docteur tout en écoutant ce fameux tube, il y a fort à parier là aussi que le seul fait d’entendre cette chanson vous fasse vous sentir un peu à l’étroit dans votre pantalon !

Prenez maintenant la musique que vous écoutiez l’année durant laquelle vous avez réussi un examen particulièrement difficile, votre permis de conduire, un entretien d’embauche ou quelque autre défi personnel. Certainement qu’aujourd’hui, quelques années plus tard, vous ressentez un sentiment d’invincibilité en réécoutant ces chansons ? Si votre réponse est « oui », et bien ces morceaux-la devraient figurer dans votre Playlist !

Maintenant que vous avez bien compris l’utilité d’une Playlist choisie attentivement, essayons d’aller un peu plus loin. Ce que vous pouvez faire en effet, c’est créer aujourd’hui les ancrages qui vous seront utiles demain. Admettons par exemple que vous remportiez un tournoi le week-end prochain. Vous serez alors extrêmement satisfait et fière de votre performance. Ayez alors à disposition une chanson, une seule, que vous ne connaissez pas encore véritablement. Vous pourrez alors écouter une bonne dizaine de fois ce titre tout en pensant à votre victoire, ce qui va créer l’ancrage recherché. Ensuite, cette « chanson-outil » pourra être utilisée au moment le plus opportun, afin de vous remettre artificiellement dans l’état émotionnel souhaité. Attention toutefois à ne pas en abuser, car si vous deviez essuyer un ou deux bad beats au son de cette même musique, votre encrage prendrait évidemment du plomb dans l’aile…

Gold-Mind

L’As de tout !

Rédigé par Gold-Mind le juin 4th, 2010, publié dans extra, littérature

Je vous propose de quitter un instant la technique et les actualités, pour découvrir « une nouvelle », écrite dans un style très noir. Ce texte romancé est évidemment une fiction et j’espère que vos commentaires me motiveront à en écrire d’autres… dans des styles humoristiques, sexys, futuristes, intrigants, etc. Bonne lecture !

Gold-Mind

- – - – - – - – - – - – - – - – - – - -

L’As de tout !

« Non fumeur », « non fumeur »… Un tournoi « non fumeur » et Stan Clauser n’a qu’une envie : s’allumer une clope ! Une putain de cigarette, de celles qui font du mal aux poumons, ou plutôt celles qui vous tue… Voilà ce qu’il cherche en fait : une bouffée mortelle ! Il respirerait n’importe quoi de mortel, pourvu que ça le tue.
Stan pourrait avaler une pile de jetons ou se lever, ouvrir calmement la fenêtre et s’y jeter en riant bêtement, mais il n’en a évidement pas le courage. C’est marrant d’ailleurs comme les autres joueurs disent de lui qu’il a des tripes ; un véritable tueur ! Il fait le ménage dans les tournois de poker, il ruine des pères de famille, il met des apprentis et de malheureux retraités sur la paille… mais il est bien incapable de s’auto-tuer. Stan Clauser a la main lourde, mais jamais elle ne tombe sur sa nuque.

Regardez-les, ils n’osent même pas le fixer dans les yeux. Le dealer peut distribuer n’importe quelles cartes, il suffit que Stan pousse quelques chips pour que les autres se couchent. Il a tout. On dit qu’il est le « Number One », son compte en banque déborde de dollars inutiles, les plus jolies femmes le courtisent… Oui, il a tout ! Il a tellement tout qu’il a même l’envie de mourir !

Il manque cependant une chose à Stan. Il n’a pas ce foutu courage ! Le courage de disposer de sa vie. Il n’aurait donc pas tout ?! Tient… son manager lui aurait alors menti ? Stan empoigne son téléphone portable et presse la touche 2. Le 2, c’est le raccourci vers le numéro de Ralf, son manager. C’est lui-même qui le lui a programmé en deuxième position car, a-t-il dit, après sa maman, c’est lui le plus important dans sa vie !
« Allo, Ralf, c’est moi, Stan.
- T’as raison fiston ! T’as raison de m’appeler. Ca fait très pro de téléphoner en table finale ! Bien fils, très bien ! Les caméras aiment ça ! Lance-t-il avant même que Stan lui explique la raison de son appel.
- Oh… ouais laisse tomber…
 » lâche Stan en raccrochant, alors que le publique applaudi à tout rompre. Le dealer lui fait son plus large sourire en avançant une montagne de jetons et l’un des deux autres joueurs lui tend la main, lâchant un « Vraiment bien joué » penaud et respectueux. Stan ne bouge pas. Le joueur éliminé recule alors son bras en un mouvement saccadé, baisse la tête, puis quitte la table.

Stan Clauser se dit qu’il n’est qu’un salopard ! Une grosse merde !

L’assistance est muette. Chacun connaît sa réputation. Ils savent tous qu’il est glacial et tranchant comme la lame d’un poignard, si bien qu’aucun ne se permettrait de siffler ou huer son comportement odieux. Seul le croupier se risque à un minuscule raclement de gorge en regardant les deux cartes qu’il lui a données. Les secondes, puis les minutes passent. Stan ne bouge toujours pas. Lorsque le flash d’un photographe déchire l’atmosphère, le publique retient sont souffle. Sans regarder ses cartes, Stan pousse la totalité de ses jetons au centre de la table. L’ensemble des observateurs reprend alors une grande bouffée d’air dans un bruit inimitable mélangeant la surprise, la peur et le respect. La voix feutrée et discrète d’un commentateur radio propose les mots « incroyable » et « roulette russe« . Les mains de son dernier adversaire tremblent comme les jambes d’un poulain qui vient de naître. Il s’éponge rapidement le front mais ce dernier est à nouveau couvert de sueur. Stan comprend sans peine que l’autre a reçu deux très bonnes cartes. As Roi, une paire de dames ou peut-être même une paire d’as. L’adversaire sait que Stan n’a pas regardé les siennes et qu’il s’agit probablement là de son unique chance de le battre. Clauser a certes plus de jetons que lui mais s’il parvenait à doubler son stack, il continuerait la course en tête… Stan ne comprend alors pas ce qui fait hésiter le jeune joueur. Il ne demande pourtant qu’une chose : prendre un bon coup sur la tête, perdre enfin un tournoi ! Sans ouvrir la bouche, il l’encourage à lui flanquer la raclé qu’il mérite : « Vas-y, balance ton tapi bonhomme, fou moi une bonne trempe ! »
Au bord de l’évanouissement, le joueur lâche un « All In » à peine audible et retourne une magnifique paire d’as. Il éprouve toutes les peines du monde à contenir sa joie, tant son geste lui semblait interdit quelques minutes auparavant. Son état émotionnel rappelle à Stan son enfance, plus particulièrement lorsque il volait à l’étalage des objets dont il n’avait pas besoin, juste pour ressentir le grand frisson. Le publique comprend qu’on va probablement assister à un moment historique et un brouhaha se fait entendre, jusqu’à ce que le dealer retourne les trois cartes du flop : 5 de carreau, 8 de pique et 8 de carreau.
« Deux paires ! J’ai deux paires ! » lance le jeune homme en serrant les poings, alors que tous les regards se braquent sur Stan. Ils aimeraient évidement qu’il retourne ses cartes, comme le règlement l’impose, mais il ne bouge pas. Machinalement, le croupier avance sa main vers les cartes de Clauser puis se ravise au dernier moment, comme s’il s’était subitement souvenu de qui il est. Il regarde alors l’autre joueur, puis le responsable du tournoi d’un air un peu gêné et interrogateur. Ne recevant rien d’autre en retour qu’une même figure déconfite, le dealer prend le risque de continuer, en révélant la quatrième carte : un as de trèfle. L’autre joueur comprend immédiatement qu’il possède maintenant un full aux as par les huit. Il bondit de joie et court vers le publique en liesse. On dirait que tout le monde attendait celui qui le battrait un jour, celui qui ferait avaler à Stan son indicible arrogance.

Clauser n’a toujours pas bougé et le silence revient péniblement quand le directeur du tournoi fait signe aux spectateurs de se calmer, le temps de retourner la dernière carte. Le croupier n’ose carrément plus regarder Stan et son adversaire trépigne. Il jubile, à genoux sur sa chaise, le sourire fixé aux oreilles. La rivière est enfin dévoilée, c’est un quatre de carreau. Le jeune homme éclate une nouvelle fois de joie et, poussé par l’euphorie, rendu fort par son full et par la foule déchaînée, il nargue Stan d’une phrase qu’il mérite amplement : « Même si t’as un flush, tu l’as dans l’cul !« , puis il avance sa main vers les cartes toujours cachées de Stan Clauser, ce qui ne manque pas de raviver le silence. D’un geste rapide et violent, Stan lui attrape alors le bras et le serre si fort que l’on croit entendre un os se briser ! D’une voie calme, mais extrêmement pesante, il lui dit : « Personne ne touche à mes cartes.« .

Transit de peur, retombé brutalement de son nuage, le jeune homme se met à uriner comme un chaton effrayé, là, sur sa chaise, le visage écarlate. Stan retourne alors tranquillement ses cartes : un 7 et un 6, tous les deux de carreau ! Le publique n’en croit pas ses yeux, il a une strait flush et bats le full de son adversaire ! Quand l’autre comprend qu’il est battu et donc éliminé du tournoi, il se lève et s’approche gentiment de Stan, dans son pantalon souillé. Il passe son bras autour des épaules de Clauser et lui glisse un « Bravo » dans l’oreille. Stan ressent alors un pincement au cœur… ou plutôt un picotement au niveau de l’estomac. Il incline sa tête en avant tout en écoutant les applaudissements du publique qui dense autour de lui. Son T-shirt est mouillé aussi. Il n’entend pas bien ce que le jeune homme lui dit encore… Il semble pourtant qu’il soit en train de crier. Stan remarque d’ailleurs les yeux d’un vert profond de son adversaire. C’est la première fois que ce dernier ose le regarder. Quelqu’un tire le bras du jeune joueur en arrière, au moment même où le reflet d’une lame de couteau apporte la lumière à Stan, qui se met alors à sourire, pour la première fois aussi. Clauser regarde enfin le joueur malheureux et lui lance un « Merci, merci beaucoup !« , avant de s’écrouler dans un silence de mort. Pour dernier souffle, Stan prononce péniblement quelques mots entrecoupés par des jets de sang : « Je déclare, devant témoins, léguer tout ce que… tout ce que je possède… au dernier joueur… que j’ai éliminé ! Ne le jugez pas… ne le condamnez pas… il m’a sauvé !« .
La vie de Stan Clauser défile alors devant ses yeux, mais aucun moment ne lui apparaît aussi doux et serin que cette dernière minute. Il se sent enfin libre ! Le noire total de la mort lui semble infiniment plus lumineux que les flashs acides et tranchants qui l’ont portés des années durant. Stan n’a pas de femme ni d’enfant et encore moins d’ami. Il n’a aucun contact avec sa famille et les quelques personnes qui gravitent autour de lui sont là pour son argent. Alors oui, on peut dire que le poker a détruit la vie de Stan Clauser, mais il lui a construit une mort magnifique !

Gold-Mind

trash talk

  • lUI: elle est vraiment belle
  • heureur: enfin une bonne nouvelle. C’et...
  • Incognito: sick life F…..the TF vive...
  • drcruz: Dommage, des coverages de qualité, des...
  • Karma: Dommage ! Z’étiez bon !
  • Jurassik: oui, un grand dommage. je comprend ta...
  • Kaisersauze: Arfff, dommage, quel bad beat pour...
moneybookers

all contents © slowrolled.com | 2010 [reproduction totale ou partielle interdite sans le consentement écrit de la rédaction et/ou de l'auteur, sous peine d'aller brûler en enfer... et de poursuites pénales.]

Slowrolled est un magazine de poker, traitant de l'actualité internationale, francophone et suisse. Ses rédacteurs proposent régulièrement des articles originaux, inédits et de qualité. Slowrolled est un team indépendant, composé de plusieurs rédacteurs, tous passionnés de poker, pour qui la liberté de ton et d'expression est garantie. Slowrolled vous remercie de votre visite et vous souhaite bonne chance autour des tapis verts.